Le journal de l’Arbo

Faucher ou ne pas faucher ?

Chaque printemps, la question se pose à l’arboretum: faut-il faucher l’herbe qui a envahi le terrain ou la laisser telle quelle et se donner rendez-vous à l’automne lorsque la végétation aura séché? L’argument principal en faveur fauchage – ou plutôt broyage puisque j’utilise un gyrobroyeur attelé à un tracteur de 32 chevaux – est double. Incontestablement, il est plus agréable et plus aisé de se balader dans un arboretum où la végétation est maîtrisée. Devoir se frayer un chemin parmi une végétation dense et envahissante est une épreuve. Impossible de déambuler paisiblement d’un arbre à l’autre sans souci. Autre facteur à prendre en compte: impossible de se débarrasser des ronces autrement qu’en les broyant régulièrement. Ne pas le faire c’est voir les ronces peu à peu s’étaler, s’étendre et parfois étouffer les jeunes arbres par manque de lumière.

A l’inverse, ne pas faucher c’est favoriser la biodiversité, permettre au monde des petites bêtes de s’épanouir librement alors qu’à deux pas, la monoculture du maïs sévit. Au printemps comme l’été, les zones non broyées abritent une quantité phénoménale d’insectes, d’oiseaux, d’hyménoptères… Sans parler des couleuvres qu’il n’est pas rare de croiser. J’ajoute que ne pas toucher à la végétation est bénéfique pour le porte-feuille : ce sont près d’une dizaine d’heures de tracteur économisées et partant des dizaines de litres de gazole.

Pendant des années j’ai balancé entre les deux options. Les premiers temps, j’avais tendance à broyer la végétation; ensuite je me suis hasardé à ne pas y toucher. Et aujourd’hui? Aujourd’hui, j’ai bricolé un compromis, un peu bancal c’est vrai. Je broie sans état d’âme les bordures de l’arboretum (sur une largeur de 5 ou 6 mètres) pour éviter que la muraille de ronces à l’extérieur de l’arbo ne gagne du terrain. Et pour le reste, avec le gyrobroyeur, je me contente de tracer des chemins de traverse, jamais rectilignes, pour permettre, sans risquer de se tordre une cheville, d’aller d’une zone à l’autre sans sacrifier la faune. Temps gagné, énergie économisée, petites bêtes épargnées: tout le monde s’y retrouve.