Le journal de l’Arbo

La mort du fossile

Il poussait laborieusement. Quelques centimètres par an. Guère plus. Sa taille était modeste pour son âge, un mètre cinquante environ à l’âge de douze ou treize ans. Ses fruits, des cônes à l’extrémité des branches, étaient rares. Il était installé sur une pente entre deux chênes, orienté au nord, dans la lourde terre argilo-limoneuse des Landes qui peut-être ne lui convenait pas. Il y a quelques années, il avait été victime des chevreuils qui l’avaient copieusement brouté avant l’installation d’une protection infranchissable. Il était vaillamment reparti sur deux tiges.

Le pinus wollemi (rebaptisé wollemia par les botanistes), l’arbre totémique de l’arboretum, le plus original de tous, n’a pas passé l’été. Il était d’un vert profond. En quelques semaines il a séché sur place la couleur rouille gagnant progressivement le sommet de l’arbre.

Je l’ai laissé tel quel dans l’espoir qu’au printemps prochain, sait-on jamais, une tige nouvelle repartira de la base.

J’ignore la cause de sa mort. Trop d’eau ? Pas assez d’eau ? Trop de soleil ? Pas assez de soleil ? Un parasite ? Au Jardin des plantes, à Paris, cet été j’ai vu un araucaria adulte (appartenant à la même famille que le wolllemia), de plusieurs mètres de haut, prendre également en quelques semaines cette teinte rouille synonyme de mort.

Evidemment, il faudrait le remplacer, d’implanter un nouveau sujet. Mais où le dénicher ? Il a disparu des catalogues des pépiniéristes. Et sur internet plus personne ne le propose à la vente. Il est devenu introuvable.

Le wollemia c’est un arbre de légende. On a écrit, sans doute un peu abusivement, qu’il prospérait au temps des dinosaures (voir ci-dessous). C’est excessif pour ne pas dire faux. Notre wollemia était quand même présent sur terre il y a plusieurs millions d’années. Mais l’araucaria auquel il est apparenté, est bien plus ancien.

Le site où il se trouve est tenu secret encore aujourd’hui mais pour garantir l’avenir de l’espèce des exemplaires ont été distribués dans les jardins botaniques à travers le monde puis vendus (à prix d’or) aux amateurs. C’est ainsi qu’un exemplaire, cultivé in vitro en Grande-Bretagne, a été acheté à une pépiniériste de Troyes, et planté en 2013 dans l’arboretum du Bassecq. Il a tenu onze ans alors que ses ancêtres étaient réputés vivre plus de 1000 ans.